Les journaux

 

http://histoire-commune.blogspot.com/2009/05/la-guerre-dalgerie-travers-les-medias.html

 
Depuis la fin du 19°siècle la France a un rang de grande puissance, symbolisé par sa présence coloniale dans le monde et c'est par peur de nuir a sa puissance que la France des années 1950 refuse la perte de l'Algérie.
Mais le 1er novembre 1954 , l'Appel passé par le FLN pour le combat des algeriens pour l'independance de l'Algerie marque le debut d'événements histoiriques, suivis, analysés par les médias: la radio puis la presse écrite.
Nous allons ici voir comment est commenté la guerre d'Algérie dans différents medias ecrits .En analysant d'une part les journaux français et aussi d'une autre les journaux d'Algérie. Dans les journaux on peut lire des titres d’information très vagues, le magazine en tête de l'information illustrée :Paris Match,montre en image la guerre qui se déroule en Algérie. C’est bien la guerre que ce magazine présente visuellement .Le discours photographique contredit le discours officiel qui parait dans les journaux. Les photographies ne montrent pas des policiers, des gendarmes ou des CRS en train de maintenir l’ordre mais des parachutistes et des blindés. L’image impose donc d’emblée une rhétorique guerrière et si le mot guerre n’est pas encore lâché dans les journaux, les signes visuels en sont libérés.
Globalement la guerre d’Algérie est représentée sur le plan politique mais très peu de l'aspect militaire,afin de  minimaliser l’impact de la guerre dans les esprits des français.


Les journaux (français et algériens) minimalisent la guerre en parlant d'évenements. Ils en parlent bien pendant cette période mais ne veulent pas choquer la sensiblilité des citoyens. De même les hebdomadaires photographiques n'ésitent pas à mettre à jour le visage de la guerre et l'expose en tant que tel.Nous remarquons donc que les médias traitent différement la guerre d'Algérie mais tous évitent de choquer la population.


Chronologie avec liens vers les articles d'époque . (posté le 24/02/2010 à 09:59)

1954 : 

 

 

1955 : 

 

  • 31 juillet : Au Maroc des Européens sont massacrés à Oued Zem. > La Dépêche Quotidienne du 21 et 22 août 1955 et L'Echo d'Alger du 21 et 22 aout 1955.
  • 23 août : Le maire de Fort National est lâchement abattu d'un coup de fusil dans le dos > La Dépèche Quotidienne du 23 août 1955.
  • 22 janvier : Création d'un comité du salut. > L'Echo d'Alger du 22 janvier 1956.

 

1956 : 

 

  • 2 février : Départ triomphal de Soustelle. > l'Echo d'Alger du 03 février 1956.
  • 6 février : Accueil houleux à Alger de Guy Mollet.Robert Lacoste est nommé ministre résident en Algérie. > Le Journal d'Alger du 07 février 1956.
  • 24 février : Alger tombe dans une embuscade. > La Dépèche Quotidienne du 25 février 1956.
  • 25 février : L'horrible tuerie des deux bassins, soulève l'émotion générale. > La Dépèche Quotidienne du 26 et 27 février 1956.
  • 8 mars : Massacre dans le village de Palestro. > La Dépêche Quotidienne du 9 Mars 1956.
  • 4 avril : Désertion de l'aspirant communiste Maillot. > Le Journal d'Alger du 6 Avril 1956.
  • 28 avril : Alger est victime de 9 attentats en 48 h, Belcourt, Casbah, rue de Lyon, Bd St Saens, Hussein Dey, Maison carré et rue Randon. > Le Journal d'Alger du 29 et 30 Avril 1956.
  • 5 mai : Trois jeunes garçons d'Aïn Béïda sont enlevés,ils étaient partis pour une promenade à bicyclette. > La Dépêche Quotidienne du 5 mai 1956.
  • 7 mai : Nuit de terreur en Oranie dans la plaine d'Aïn Temouchent, les rebelles attaquent une cinquantaine de fermes et massacrent soixante personnes. > L'Echo d'Alger du 8 mai 1956.
  • 9 mai : 46 villages sont attaqués dans le Constantinois. > Journal d'Alger du 10 mai 1956.
  • 20 mai : L'echo d'Alger du 20 et 21 mai 1956.
  • 26 mai : Interview du dernier survivant de la patrouille du 18 mai d'Ouled Djerrah où il y a eu 17 tués, (gorges de Palestro\), AUTRE ELEMENT : fouille gigantesque de la Casbah d'Alger. > Le Journal d'Alger 27 et 28 mai 1956.
  • 11 juillet : Une journée comme les autres, grenade au café du Rond Point au champ de manoeuvre d'Alger, la collecte pour les militaires qui servent en Algérie ,le 22 ème million est proche. >L'Echo d'Alger 12 juillet 1956.
  • 1er au 5 octobre : Bombes du Milk Bar, de la cafétéria, de l'Otomatic. > L'Echo d'Alger 30 septembre et 1 er Octobre 1956.
  • 22 octobre : Détournement de l'avion de Ben Bella.> Le Journal d'Alger du 24 octobre 1956.
  • 12 novembre : Monstrueux attentats PC et FLN trois bombes Alger ,Hussein Dey ,Maison Carrée. >L'Echo d'Alger du 13 novembre 1956.
  • 15 décembre : L'ex-rédacteur d'Alger républicain dirigeait une cellule de tueurs communistes, il échappe de peu à la police, le SCU El-Biar qualifié pour la coupe de France. > Le Journal d'Alger 16 et 17 décembre 1956.
  • 30 décembre : Obsèques de Amédée Froger, ajoutant la profanation au crime car les communistes posent quatre bombes dans les églises d'Alger, cathédrale et St Vincent de Paul à Bab el Oued. > L'Echo d'Alger du 30-31 décembre 1956.

 

1957 :

 

  • 16 janvier : Explosion de bazooka dans le bureau de Salan, cdt Rodier tué, arrestation d'un complice d'Ali la Pointe, El biar l'emporte (1 à 0) sur Aix en Provence . > Le Journal d'Alger du 17 janvier 1957.
  • 26 janvier : Bombes Alger Otomatic Cafétéria et Coq Hardi 4 morts, 2 bombes à Bab el Oued . > Le journal d'Alger du 27-28 janvier 1957
  • 10 février : Bombes dans les tribunes du stade municipal d'Alger (Belcourt) et au stade d'El-Biar . > l'Echo d'Alger du 10-11 février 1957.
  • 12 février : Les bombes du 10 février ont elles été placées par les communistes ?, Fernand Yveton (qui avait placé une bombe à l'usine à gaz de l'E.G.A\), AUTRE ELEMENT : et deux tueurs du FLN ont été guillotinés hier à l'aube . >  La Dépêche Quotidienne du 12 février 1957.
  • 29 mai : Massacre par le FLN de la population de Mélouza et Wagram 338 musulmans massacrés, Mlle Solange Neyraud membre du PC interrogée par les services de sécurité après les derniers attentats par bombes à Alger. > Le Journal d'Alger du 1 juin 1957.
  • 3 juin Alger : Trois bombes placées dans les lampadaires explosent , à proximité d'arrêts d'autobus à Alger . > La Dépêche Quotidienne d'Algérie du 4 Juin 1957.
  • 4 Juin : Massacre par le F.L.N. de la population de Kashbah Metchta 250 musulmans massacrésaprés les bombes du 3 juin, l'enquête révèle la responsabilité de Yacef Saadi malgré son accord avec Germaine Tillon . > Le Journal d'Alger du 5 juin 1957.
  • 9 juin : Bombe du Casino de la Corniche, 8 morts dont le chef d'orchestre Lucky Starway. > Dépêche du 9-10 juin 1957.
  • 11 juin : Obsèques des victimes bombe du Casino de la Corniche. Emeutes, ratonnades, scènes pénibles. > Le Journal d'Alger du 12 Juin 1957.
  • 26 août : Coup de main des zouaves aidés par des paras du colonel Bigeard dans une cache dans la Casbah deux des lieutenants de Yacef Saädi (Debih Cherif artificier-chimiste et Rhamel) sont abattus après un rude combat ,18 bombes et 4 P.M. saisis. > Echo d'Alger du 27 août 1957.

 

1958 :

 

  • 11 janvier : Des incidents ont lieu pres de Sakiet sidi youssef L'echo d'Alger du 15 janvier 1958 .
  • 11 avril : Djamila bouhired est accusé d'avoir posé une bombe dans un café , torturé , elle signe des aveux Echo d'Alger du 11 avril 1958
  • 13 mai : Alger : la foule envahit le gouvernement général. Constitution d'un Comité de Salut public présidé par le général Massu. L'Echo d'Alger du 13 mai et l'Echo d'Alger du 14 mai 1958 .
  • 14 mai : Salan obtient tous les pouvoirs civils et militaires, l'Igame préfet d'Oran a remis ses pouvoirs au général Réthoré Le Journal d'Alger du 15 mai 1958
  • 15 mai : Le général Salan a fait acclamer par la foule au Forum le nom du général De Gaulle, à Paris De Gaulle "je me tiens prêt à assumer les pouvoirs de la République".L'Echo d'Alger du 16 mai 1958
  • 16 mai : Grande manifestation de fraternisation par les foules musulmane et européenne.L'Echo d'Alger du 17 mai 1958
  • 17 mai : Le retour de Jacques Soustelle à Alger. > Le Journal d'Alger du 18 mai 1958.
  • 18 mai : Des milliers de femmes musulmanes ont affirmé leur désir d'évoluer dans la nation française, au forum d'Alger. > l'Echo d'Alger du 19 mai 1958.
  • 20 mai : Salan à De Gaulle "vos paroles ont fait naïtre dans le coeur des Algériens une immense espérance de grandeur et d'unité nationale". > La Dépêche Quotidienne d'Algérie du 21 mai 1958.
  • 22 mai : Oran s'associe au mouvement du comité de salut public , dans une grande manifestation au stade Fouques-Duparc à Oran . > Le journal d'Alger du 23 mai 1958.
  • 26 mai : Ralliement de la Corse au mouvement du 13 mai algérien. > l'Echo d'Alger du 27 mai 1958.
  • 28 mai : Mort du colonel Jeanpierre, commandant le 1er REP. > L'Echo d'Alger du 31 mai 1958
  • 4 juin : De Gaulle au fourum "Je vous ai compris , je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie est celle de la rénovation et de la fraternité" . > l'Echo d'Alger du 5 juin 1958
  • 5 juin : Suite du voyage en Oranie Oran et Mostaganem Oui !Oui ! Oui ! la France est ici pour toujours discours de Mostaganem j'attends votre concours sans condition ni réserve . > La Dépêche du 7 juin 1958 .
  • 23 octobre : De Gaulle conférence de presse : offre la " Paix des braves "et déclare: "Quelle hécatombe connaîtrait l'Algérie si nous étions assez stupides et assez lâches pour l'abandonner. > l'Echo d'Alger du 24 octobre 1958.

 

1959 :

 


 

  • 22 mars : Plan de Constantine Giscard d'Estaing établit le programme, la paix des braves devient une réalité. > L'Echo d'Alger du 22-23 mars 1959.
  • 16 septembre : Discours de De Gaulle proposant trois solutions : la sécession, la francisation, l'association. > l'Echo d'Alger du 17 septembre 1959.

 

1960 :

 


 

  • 16 janvier : De gaulle prépare "Quelque chose ". > Le Journal d'Alger du 16 janvier 1960.
  • 19 janvier : Limogeage de Massu sort des autres généraux flou . >l'Echo d'Alger du 23 janvier 1960.
  • 23 janvier : Début de la semaine des barricades (vingt deux morts, cent cinquante blessés le premier jour) à Alger. >L'Echo d'Alger du 24-25 janvier 1960 et aussi Le journal d'Alger du 24-25 janvier 1960.
  • 25 janvier : Les territoriaux gardent les barricades des facultés . > Dépêche Quotidienne d'Algerie du 26 janvier 1960.
  • 26 janvier : Voyage de Debre à Alger. > Dépêche Quotidienne d'Algérie 27 janvier 1960.
  • 26 janvier : nombreuses manifestations de soutient aux insurgés (Boufarik\), AUTRE ELEMENT : le Bachagha Saïd Boualem participe à une conférence de presse au St George " nous n'admettrons pas que ma Métropole soit consultée pour savoir si l'on nous autorise à être français". > Dépêche Quotidienne d'Algérie du 28 janvier 1960.
  • 28 janvier : Emouvant discours de Delouvrier, Le Pen arrêté. > Dépêche Quotidienne d'Algérie du 29 janvier 1960.
  • 29 janvier : La ville d'Alger soutient les insurgés des barricades. > La Dépêche Quotidienne d'Algérie du 30 janvier 1960.
  • 31 janvier : Le camp retranché reste isolé du reste de la ville d'Alger . > Le Journal d'Alger du 31 janvier 1960.
  • 31 janvier : Alger neuvième jour des barricades. > Dépêche Quotidienne d'Algérie du 1 février 1960.
  • 1er février : Reddition des insurgés. > La Dépêche Quotidienne d'Algérie du 2 février 1960.
  • 1er février : Reddition des insurgés, dernier défilé à l'intérieur de la faculté d'Alger. > Dépêche Quotidienne d'Algérie du 02 février 1960.
  • 8 mars : A la suite du voyage de De Gaulle, en Algérie précision du porte parole du gouvernement " La francisation " ne sera pas proposée. > Echo d'Alger du O8 mars 1960.
  • 14 juin : Discours de De Gaulle s'adressant au GPRA : collège unique, cessez-le-feu, autodétermination, référendum. > l'Echo d'Alger du 15 juin 1960.
  • 20 juin : Préparation des entretiens de melun. > L'Echo d'Alger du 21 juin 1960.

 


 

1961 :

 


 

  • 11 avril : Conférence de presse du général De Gaulle " L'Algérie... Etat souverain. > l'Echo d'Alger du 12 avril 1961.
  • 22 avril : Putsch des généraux à Alger : Challe, Zeller, Jouhaud, Salan.l'Echo d'Alger du 23 avril 1961
  • 22 avril : Arrivée à Alger du général Salan, état de siège en Algérie l'armée a pris le pouvoir. > Le journal d'Alger du 23 avril 1961.
  • 23 avril : Constantine : Gouraud se rallie aux putschistes. De Pouilly refuse (Oran). > La Dépêche Quotidienne d'Algérie 24 avril 1961 et Michel Debré annonce l'imminence d'une opération aéroportée sur la métropole. > L'Echo d'Alger du 24 avril 1961.
  • 24 avril : De Gaulle applique l'article 16 de la Constitution pleins pouvoirs en cas de patrie en danger.Manifestation au forum d'Alger, soutient aux généraux putschistes. > La Dépêche Quotidienne d'Algérie du 25 avril 1961 .Challe, Salan, Zeller, et Jouhaud. > L'Echo d'Alger du 25 avril 1961.Forum foule nombreuse pour écouter les généraux
    Challe : Nous garderons ce sol à la patrie, Salan : l'armée n'a jamais cessé d'être à vos cotés, Jouhaud : Hommage à l'armée clandestine. >  Le Journal d'Alger du 25 avril 1961.
  • 8 Mai : Allocution télévisée du général De Gaulle " En aucune hypothèse la France n'abandonnera ses propres enfants". > Le Journal d'Alger du 9 mai 1961.
  • 20 mai : Interruption des grandes opérations militaires. Trêve unilatérale. > Le Journal d'Alger du 22 mai 1961.
  • 12 juin : Evian 13 ème séance de négociations entre le F.L.N. et Joxe.> Le Journal d'Alger du 13 juin 1961.
  • 28 juin : De gaulle en Lorraine "Association sinon ce sera le partage". > Le Journal d'Alger du 29juin 1961.
  • 30 juin : De Gaulle les attentats doivent cesser , discours Épinal. > Le Journal d'Alger du 1 er juillet 1961.
  • 5 juillet : Manifestations du FLN "contre le partage". >  La Dépêche Quotidienne d'Algérie du 6 juillet 1961.
  • 12 juillet : De Gaulle annonce le retour en France des grandes unités et la réduction du service militaire. > Le Journal d'Alger du 13 juillet 1961.
  • 5 septembre : De Gaulle relance la négociation d'Evian en lâchant le Sahara. > Le Journal d'Alger du 6 septembre 1961.
  • 10 septembre : De gaulle échappe a un attentat, arrestation du financier de l'O.A.S. > Le Journal d'Alger du 10-11 septembre 1961.
  • 21 septembre : De Gaulle pendant voyage dans le Sud-est "La France se doit de protéger ses enfants"Alexy Goldenberg commissaire principal de la sûreté nationale assassiné à hauteur du tunnel des facultés . > Le Journal d'Alger du 22 septembre 1961.
  • 13 octobre : Emetteur clandestin OAS saisi dans un appartement de la Redoute _ 81_Le Journal d'Alger du 13 octobre 1961.
  • 28 octobre : Poursuite des discussions avec le GPRA par Joxe. _82_Le journal d'Alger du 28 octobre 1961
  • 1 novembre : La population n'a pas suivi les mots d'ordre du GPRA et du FLN. > La Dépêche Quotidienne d'Algérie du 2 novembre 1961
  • 30 novembre : Edmond brua signe la "Parodie du Cid". > Le journal d'Alger du 1er décembre 1961.

 


 


Les journaux algeriens (posté le 15/01/2010 à 11:25)

Les principaux journaux algériens d'époque sont :

- La Dépêche de Constantine et de l’est algérien

- La Dépêche de l’Est

- L’Echo d’Oran

- Oran républicain

- L’Echo d’Alger

- Le Journal d’Alger

 - Dernière Heure


-L’Echo d’Alger :Jounral ayant le plus fort tirage : de 70 000 à 100 000 exemplaires. Il va orchestrer magnifiquement le mécontentement populaire, ainsi qu’un spectaculaire appel au Général De Gaulle. Il va également influencer le cours de la "Révolution d’Alger ".
- La Dépêche quotidienne, est moins marqué sur le plan politique, il ne prend pas position mais dispose d’une bonne équipes de reporters.
- L’Echo d’Oran, est moins extrémiste que l’Echo d’Alger et Oran Républicain, est favorable au régime.
- La Dépêche de l’Est, publié à Bône, et La Dépêche de Constantine, ont un rôle uniquement régional, sans influence bien marquée. Ils publieront toutefois, au cours des journées de mai, des informations et des communiqués dont aucun de leurs grands confrères ne fera état et qui éclaireront parfois d’un jour inattendu la connaissance d’événements qui se passeront à l’autre extrémité du pays.

 

 


El watan 10 mars 2005

Historien Gilbert Meynier a écrit notamment Histoire intérieure du FLN-1954-1962 (éditions Fayard, 2002) et coécrit avec Mohamed Harbi Le FLN, documents et histoire (éditions Fayard, 2004).


Comment se pose d’un point de vue de l’histoire la question des harkîs pour la France ? A quel(s) niveau(x) se situe la responsabilité de l’Etat français ?

Pour l’historien que j’essaie d’être, les harkîs n’ont été ni plus ni moins que des mercenaires, recrutés comme tels par l’armée française, à partir des directives originelles du général Parlange dans l’Aurès. Ce recrutement a joué sur le terreau des divisions algéro-algériennes, divisions que le colonisateur s’est toujours ingénié à cultiver et exploiter. Au surplus, des pratiques autoritaires violentes de l’ALN, ayant ici et là préféré parfois la violence au dialogue, se sont révélées contre-productives en ce qu’elles ont pu aussi conduire des hommes à devenir harkîs : ce fut par exemple le cas dans La Soummam. Il est donc difficile de les assimiler, ainsi qu’on l’a parfois pu faire en Algérie, à des « collaborateurs », du moins conscients et responsables.

(...)
 

Le FLN serait-il responsable, directement ou indirectement, de représailles contre les harkîs au moment de la proclamation du cessez-le-feu ?

Il n’y eut pas dans l’histoire un FLN ; il y eut plusieurs expressions du FLN. En tout cas, du sommet du pouvoir d’Etat (...) aucun des documents consultés n’indique qu’il y a eu des ordres délibérés de représailles contre les harkîs. Généralement, par ailleurs, les harkîs furent protégés par leurs communautés d’appartenance lorsqu’ils purent s’y réfugier : n’oublions pas qu’il y eut des jamâa en certains endroits, pour désigner le contingent des hommes qui rejoindraient l’ALN et de ceux qui s’enrôleraient dans les harkas. Il y eut des régions où les harkîs furent peu ou pas inquiétés. Ils furent plus fragiles et plus facilement victimes toutes les fois qu’ils restèrent dans l’isolement. Et ils furent assez souvent les cibles toutes désignées de ces « marsiens », résistants de la dernière heure qui avaient à cœur de surprouver un patriotisme d’autant plus vindicatif et sanglant qu’il avait été plus tardif.(...)

Qu’en est-il de la réalité et de l’ampleur de ces représailles ? Que trouve-t-on dans les archives et travaux d’historiens ? Peut-on parler de massacres ?

Il y eut effectivement des massacres, mais relativement localisés à certaines zones - l’Aurès, la Petite Kabylie... Je crois avoir dépouillé une bonne part des cartons d’archives du SHAT (Service historique de l’armée de terre, sis à Vincennes), et rien de ce que j’y ai lu ne permet de corroborer les chiffres gonflés d’inflation victimisante qui ont été produits par certains « historiens » français. Nous en avons parlé, Harbi et moi, dans le compte rendu que nous avons fait du livre victimisant de George-Marc Benamou, Un Mensonge français. Ainsi que dans l'article parut dans La tribune en 2004 « La Nouvelle frappe du révisionnisme médiatique »,dans la Revue d’Histoire Maghrébine,et aussi dans les quotidiens algériens La Tribune et El Watan.(...)

Le chiffre avancé par d’aucuns de 150 000 harkîs qui auraient été tués par les Algériens vous semble-t-il plausible ?

Même ce chiffre outrageusement gonflé, Benamou n’a pas osé le produire (il parle de 70 000). Cela dit, de source militaire française, c’est-à-dire d’une source qui n’avait aucunement le FLN en sympathie et qui n’avait aucun intérêt à minimiser le nombre des victimes, on a noté le chiffre de 10 000 harkîs massacrés. C’est ce chiffre qui a été repris dans Le Monde en novembre 1962. Cela dit, tel quel, ce dernier chiffre place l’épuration sanglante à un niveau relativement bien supérieur à son bilan équivalent concernant l’épuration française de 1945...

Quel était le contexte politique de l’époque ? La situation dans les villes et les campagnes ? Qui y avait le contrôle ?

On connaît le contexte politique d’ensemble : celui d’une puissance coloniale sur le retrait et s’apprêtant à céder la place. L’Exécutif provisoire fut largement une coquille vide. Quant au contexte algérien, il était dominé par le conflit croissant entre le GPRA et l’état-major .(...)Sur le terrain, l’armée française restait cantonnée face à une ALN tenue en principe de rester sur ses positions de cessez-le-feu. En réalité, la relève politique et l’occupation du terrain s’effectuèrent. Mais cela se produisit dans une grande anarchie et une atmosphère de pillages, beaucoup de pouvoirs concurrents s’entre-déchirant et nombre de seigneurs de la guerre ou déclarés tels s’efforçant d’imposer leur autorité et de tirer les marrons du feu ; cela dans le contexte, dans les villes, de la panique des Européens d’Algérie. Ajoutons que le feu de l’OAS contribua à exacerber les tensions que la césure coloniale et le fossé de sang - de la conquête à la guerre de 1954-1962, en passant par les répressions des multiples insurrections et celle particulièrement sanglante de 1945 - avaient depuis si longtemps déjà avivées et à précipiter leur destin vers la fuite hâtive de ce qui était leur patrie, mais non leur nation.

Les partisans de l’OAS sont-ils des « exilés politiques » ? L’OAS était-elle une organisation politique ?

Certains se sont exilés d’eux-mêmes pour, en partant de l’étranger, l’Espagne notamment, reconquérir une mythique Algérie française. Ultérieurement, l’amnistie a largement réglé les cas de ses membres condamnés et détenus. L’OAS a été un rassemblement politiquement composite de nostalgiques d’un ordre fascisant, de révoltés créoles (créoles au sens anglo-saxon résidant en site colonial) dont l’avancée historique sacrifiait la prépondérance sociale et le devenir en Algérie indépendante. Plus largement, on peut dire que l’OAS fut le dernier carré de l’ultime investissement dans le colonial du nationalisme français : modérément colonialiste jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le nationalisme français, avec Diên Biên Phu, puis la guerre de 1954-62, eut le colonialisme pour ultime avatar et dernier refuge. A l’inverse, De Gaulle avait dit qu’il voulait « épouser son siècle » et arracher la France aux mythes du « boulet algérien. » Sous les scansions baroques du national, De Gaulle, inconsciemment, se mettait à l’heure raisonnée de la mondialisation à venir.

La commémoration de la fin de la guerre d’Algérie est célébrée depuis deux ans le 5 décembre et non le 19 mars. Cela a-t-il un sens ?

Historiquement, le 5 décembre n’a aucun sens mémoriel, si ce n’est que, date neutre, il ne renvoie pas à ce que l’imaginaire français peut comprendre comme ayant été une défaite nationale (le cessez-le-feu du 19 mars 1962, ou encore le 5 juillet 1962, aurore de l’indépendance algérienne).

(...)

Alors que des pans entiers de l’histoire de la colonisation française en Algérie et de la guerre d’indépendance ne sont pas encore écrits, le révisionnisme que vous dénoncez est-il en œuvre ?

Je pense, en effet, qu’il y a une volonté de révision médiatique dans un sens de nostalgie coloniale chez certains historiens fonctionnant eux-mêmes sur la nostalgie, et dans nombre de milieux français - militaires, rapatriés, extrême-droite. Mais c’est aussi une marchandise qui peut se vendre pour attirer des électeurs ou, simplement, acquérir une notoriété médiatique. A l’automne 2003, l’émission « Mots croisés », sur France 2, a laissé l’antenne pendant deux heures à Benamou et à des comparses, alors que le seul historien présent sur le plateau, Fouad Soufi, a eu en tout et pour tout, quarante secondes pour s’exprimer. J’ajoute que la nostalgérie se vend encore assez bien au marché de l’histoire vulgaire. J’ai vu, avec chagrin, même des jeunes Algériens, ignorants de leur histoire, y succomber. Ce qui prouve qu’on leur a mal enseigné l’histoire. Il y a donc une urgence, historienne et civique : pour prouver leurs bonnes intentions, les politiques algériens et français se doivent d’urgence de constituer une commission bipartite d’historiens français et algériens pour réviser les manuels d’histoire, et en France, et en Algérie, pour tout ce qui touche à la plus que séculaire commune histoire algéro-française.




EL WATAN 9 mai 2006 de Nadjia Bouzeghrane

Le silence assourdissant des historiens

La commémoration de ce 61e anniversaire des massacres du 8 mai 1945 revêt un caractère spécifique, au regard du retour en bataille de l’histoire coloniale convoquée de façon contradictoire, par les politiques d’Algérie et d’outre-mer. A la une depuis 1990 les « événements », les « massacres », le « génocide du 8 mai 1945 » et depuis peu « crimes de masses » ont connu une accélération en mai 2000, avant de s’emballer suite à la promulgation de la loi française 2005/158 du 23 février 2005 portant « rôle positif de la présence française outre-mer notamment en Afrique du Nord » (art.4). Alors que les politiques des deux rives débattent, par médias interposés, du colonialisme et de ses retombées sur l’histoire des peuples et de l’humanité ; alors que les historiens français ont été les premiers à monter au créneau pour dénoncer la pollution par voie législative d’une discipline qui vise à s’entre-déchirer, les historiens de l’Algérie, en hibernation depuis longtemps déjà sur nombres de questions, ne semblent pas interpellés par l’origine même de la crise politique qui secoue l’ancien département français colonisé à l’ex-métropole. (...)

Vassaliser l’histoire à défaut d’exterminer les « musulmans »

Dès l’instant où les Algériens n’ont pas accepté la présence sur leur sol d’une armée d’occupation, ils sont entrés en résistance. Très vite, ils découvrirent que cette armée ne véhiculait pas seulement des fusils et des canons, mais plus dangereux encore, une idéologie. L’occupation du sol, l’extermination de tribus ou de fractions de tribus, les nouveaux plans d’urbanisation d’Alger qui entraînèrent la démolition d’édifices culturels et religieux, la codification de la chari’a et « l’islamisation de la loi française » (1896) sans parler bien sûr du sénatus-consulte (14 juillet 1865) et du statut de peuplement de la colonie devenue, suite à l’ordonnance royale du 22 juillet 1834, « possession française » etc., signifiaient clairement que le colonialisme s’en prenait à l’essence même de la culture de l’Algérie, c’est-à-dire à son âme. La France coloniale, ne pouvant annexer définitivement l’Algérie, cherchera à vassaliser son histoire après avoir mis sa mémoire sous embargo depuis le rapt des archives algériennes entre 1961 et 1962. Les massacres des mois de mai-juin 1945 en Algérie plongent leurs racines dans une double histoire : celle d’une France divisée, déchirée, occupée par le IIIe Reich puis libérée avec le concours des colonisés dont les Tirailleurs Algériens et celle d’une Algérie occupée plus d’un siècle plus tôt par cette même France. Le désir de liberté était vécu avec la même intensité par les peuples français et algérien en guerre contre le fascisme et le nazisme. « La raison d’Etat », symbolisée par l’homme du 18 juin 1940, armera la main de la milice coloniale transformant ainsi des villes et villages de l’Est algérien, en une multitude d’Oradour-sur-Glane. La France libérée du joug nazi confirmera ainsi qu’elle n’était que la continuité de l’autre France, la France coloniale. De Gaulle qui avait communiqué au général Henry Martin (1944) que l’Empire était désormais « le plus vulnérable » en Afrique, l’instruit fermement en ces termes : « Prenez garde qu’au moment où nous libérons Paris, Alger nous échappe ». (...)Alger, qui avait cessé d’être la capitale (1943-1944) de la France en guerre contre l’Allemagne, allait devoir faire face à une autre guerre livrée cette fois contre des civils sans armes. L’adversité a vite fait de changer de camp. L’Allemagne nazie n’était plus à l’ordre du jour et l’humiliation n’était plus l’armistice. « La rupture identitaire du PPA » était en cette veille de la libération de Paris, la préoccupation majeure de de Gaulle et le souci stratégique du général responsable du 19e corps d’armée. Les « arabophones » d’Algérie ne pouvaient trouver meilleur commandant en dehors du général de Gaulle parti en croisade contre ceux qui cherchaient à affaiblir la France en revendiquant l’autonomie. La guerre, qui sera faite aux Algériens insurgés, sera totale et sans merci. Elle mobilisera toutes les forces françaises disponibles en Algérie, en Tunisie, au Maroc et même celles de métropole et d’Allemagne. 40 000 hommes seront opérationnels, sans compter la gendarmerie, la Légion étrangère, la police d’Etat, les forces supplétives, les gardes champêtres et les gardes forestiers. Des bombes de fabrication britannique, destinées aux troupes allemandes conçues sur le modèle des futures bombes à fragmentation, ainsi que des bombes produites dans les usines d’armement américaines, seront larguées sur les populations civiles. Des bidonvilles entiers à Guelma, Sétif, Annaba etc. ont été rasés. La reconstitution des archives militaires fait état de la disparition de familles entières à Kherrata. Plus meurtrières que l’armée, les milices urbaines ont été évaluées à 3000 hommes dont « 800 fusils de guerre » pour Guelma seulement. Fraîchement débarqué dans cette petite ville qui vivait jusque-là dans une paisible quiétude, le général Maurice Schmidt, à l’époque officier supérieur, notera que ces miliciens faisaient « un emploi affreux de leurs armes ». Même là où aucune action subversive n’avait été mentionnée, comme à Bordj Bou Arréredj, la milice faisait le vide autour d’elle en tirant sur tout ce qui lui paraissait suspect. Les miliciens « se laissent même photographier pour la postérité » rapporte la littérature historique coloniale. Le 19e Corps d’armée, pétainiste la veille, veillera sur la sacro-sainte alliance partis de gauche - de Gaulle. « Quoiqu’il soit évidemment regrettable de « faire la guerre », alors que le « cessez-le-feu » a sonné en Europe(...). L’arsenal militaire français, mobilisé contre l’Allemagne nazie, va servir à donner la mort à ceux qui ont envoyé leurs enfants à Monte Cassino en Italie où leur courage et leur détermination arrachèrent la victoire aux forces italiennes et allemandes. La France libérée sèmera la mort par terre, air, mer parmi les populations démunies des douars et les milliers de personnes qui erraient dans les montagnes fuyant l’armée et la milice coloniales. Cette guerre contre des montagnards, qui auraient assiégé Guelma par exemple - ce que démentent les archives - avait été préparée minutieusement et froidement. Dès le 13 février 1945, un « exercice sur carte en cas de troubles » avait eu lieu à Alger.


Commentaires

Les journaux français . (posté le 15/01/2010 à 11:25)

 

 Les principales presses quotidiennes nationales de l'epoque relatant de la guerre d'Algerie sont :


. L’Aurore : fondé dans la clandestinité en 1942 par Robert Lazurick qui en est le directeur en 1958. Journal de grandes informations visant notamment les classes moyennes.


. France Soir :Ce journal présente et traite ‘’des nouvelles de grande actualité’’ dans un style de grande vulgarisation. Reputé sensationnel car dramatisant et personnalisant les affaires politiques.


. Le Parisien Libéré : Journal fondé en aout 1944. Dirigé par Emilien Amaury à partir de 1958. C’est un journal d’information qui se veut favorable à une victoire de l’Algérie française. Il possède à l'epoque le plus fort tirage de la presse quotidienne du matin.


. Le Monde : Fondé en décembre 1944. Il est géré par une société à responsabilité limitée comprenant en 1958 des personnes physiques et la société des rédacteurs. Son directeur est Hubert Beuve- Mery.


. L’Humanité : Fondé par Jean Jaurès en 1904. Partisans du Parti Communiste Français à partir de 1920. Il va publier dans la clandestinité de 1939 à 1944. Son directeur est Marcel Cachin à partir de 1958.


. Le Figaro : Fondé en 1826. Il se saborde de novembre 1942 à aout 1944. C’est un journal considéré comme modéré. Son directeur est Pierre Brisson à partir de 1958.

 

 

Les evenements du 14 mai 1958 :

Quasiment toutes les unes du mercredi 14 mai 1958 parlent des événements d’Alger mais tous tirent sur ce qui se passe réellement à Alger. Les grands titres et sous-titres restent vagues et imprécis :
- "Evénements dramatiques" sont les termes utilisés dans le Figaro, qui indique dans un sous-titre que "l'armée prend le pouvoir" , ce journal annonce la création d’un comité civil et militaire qui, pour le Figaro "RECLAME" un gouvernement du Salut Public à Paris.
-Le journal L’Aurore parle lui d'un commité civil qui  "EXIGE" un gouvernement du Salut Public .
- Dans l’Humanité, on parle d’un "Coup de force à Alger"et annonce que "Le général Massu et les ultras adressent un ultimatum au Pésident de la Républic".
- Tandis que ce sont des "Heures décisives pour la France" qui sont annoncées dans Le Parisien Libéré.